12
Czerwiec
1991
00:06

L’INTERROGATOIRE

LES AVIS SONT
PARTAGES SUR

L’INTERROGATOIRE
Bloqué depuis plus de huit ans par la censure polonaise, le film maudit de Bugajski sort enfin. Un portrait sans ambages d’une innocente aux prises avec ses tortionnaires communistes. Violent.

Pour Tonia (Krystyna Janda), aucun bonheur futur ne saurait justifier le malheur présent.

POUR
UNE QUESTION DE VIE…

(1982) Polonais. (1 h 56). Réal.: Ryszard Bugajski;
avec Krystyna Janda, Adam Ferency, Janus Gajos,
Agnieszka Holland.

Varsovie, 1951 . Une petite chanteuse, femme-oiseau, apolitique et amorale, se retrouve un jour en prison. On l’interroge sur sa vie privée. On veut la forcer à témoigner contre un homme qui fut son amant. Elle refuse. On la torture. Elle dit non. Plus on la torture, plus elle s’entête.
Pourquoi? Simplement parce que Tonia croit en l’amitié: on ne trahit pas ses amis, quels qu’ils soient.
C’est toute la morale – mais y en a-t-il une plus haute? – de cette fille qui a appris très jeune que la vertu n’est pas récompensée. Elle en a retiré la double conviction que tous les instants de bonheur sont bons a cueillir et surtout, surtout, qu’aucun bonheur futur ne saurait justifier le malheur présent.
Parce qu’elle n’oppose à ces communistes fanatiques aucun credo politique, aucun idéal clairement défini, Tonia leur résiste d’autant mieux : ils ne parlent pas la même langue. Et, peu à peu, elle prend conscience de sa dignité et découvre au fond d’elle-même cet espace de liberté, qui, parce qu’il est hors d’atteinte, rend fous les bourreaux.
Bugajski filme la promiscuité de femmes enfermées dans une cellule trop petite d’une caméra mouvante, respectueuse et tendre (1). Le face à face de Tonia et son interrogatoire sont, eux, souvent en plans fixes.
Pourtant ne vous y trompez pas: en dépit de deux scènes de torture qu’il eût mieux valu suggérer que montrer, L’Interrogatoire est moins un documentaire sur les prisons polonaises que le récit d’un itinéraire spirituel que nous lisons sur le visage bouleversant de Krystyna Janda.
L’an dernier, le jury du Festival de Cannes, lui, ne s’y est pas trompé, qui a décerné le Prix d’interprétation a Janda-la Magnifique.

CLAUDE-MARIE TREMOIS

(1)La réalisatrice Agnieszka Holland tient le rôle d’une communiste accusée – à tort – d´espionnage et qui, par fídélité a son idéal, donne raison a ses bourreaux. Aucune comédienne polonaise n’avait voulu tenir ce rôle…

CONTRE
… OU DE MORT
Personne, évidemment, ne reprochera a Bugajski de dénoncer les dictatures, les emprisonnements et les tortures. Mais pourquoi donc, bon sang, torture-t-il lui-même le spectateur jusqu’ à l’insoutenable? Pour mieux le convaincre? Foutaises ! L’image-choc frappe l’imagination mais ne s’inscrit guère dans l’imaginaire. Avec les séances de noyade, les tentatives de suicide et les hystéries de Krystyna Janda – qu’est-ce qu’il lui impose
à elle aussi, la pauvre ! – Bugajski fait de la mauvaise télé. De cette télé dont les images passent sans que ni l’homme ni le monde
n’en soient jamais changés.
GERARD PANGON

TÉLÉRAMA Nr 2I6I – I2 JUIN I99I
Strona 38

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